
Le projet
Cité de la lecture
L'association et le projet « Cité de la lecture »
Notre projet s'inscrit dans une dynamique portée à la fois par la ville, le département et bientôt au-delà : la Manufacture des tabacs de Tonneins, acquise par la municipalité, a vocation à devenir une véritable cité de la lecture. Au Bibliophile souhaite y proposer un modèle d'offre de lecture fidèle à l'esprit du fonds Dubois tel qu'il existait au 22 rue Voltaire à Agen, un cadre qui évoque le lecteur du milieu du 20e siècle et les pratiques culturelles d'une ville moyenne de l'époque, sans jamais effacer les curiosités propres d'Yves Dubois, dont l'activité de courtier en livres rayonna bien au-delà du Lot-et-Garonne.
Né à Tonneins dans une famille protestante, Yves Dubois appartient pleinement à la culture locale : un lien naturel avec les efforts municipaux de conservation des archives. Comme le montrent les travaux d'Alain Glayroux, son parcours mêle engagement, résistant du maquis tonneinquais, et passion pour la vie intellectuelle du livre, comme animateur de l'Association agenaise des bibliophiles.
Ce projet trouve aussi un écho naturel du côté des Archives départementales, dont les besoins d'installation sont proches des nôtres, et qui pourraient y partager une partie de leur mission de communication au public. Située au cœur du département, à proximité de la gare sur l'axe Bordeaux-Toulouse, l'ancienne Manufacture bénéficie d'un accès facilité, propice à accueillir d'autres espaces patrimoniaux ouverts à tous.
C'est pourquoi Au Bibliophile défend la création d'un lieu d'accueil et de mémoire partagée, une promenade dans la pensée au fil des étagères, le fonds Dubois et les dépôts qui viendront s'y ajouter, très largement en accès libre.

Photographie Photo-club de Tonneins©
Chaque fonds a son identité
Le projet de Cité de la Lecture consiste à associer d'autres fonds qui offrent également un contact avec des esprits du passé qui se sont frottés d'idées et de désirs d'évasion, pour construire leur propre rapport au monde.
Les fonds qui pourraient être acceptés et déposés ne seraient pas traités en tant que livres à verser dans un pot commun selon les règles de la classification universelle : le but serait d'en respecter les identités propres, reflets d'une façon de vivre la culture portée par une personne ou un groupe dans l'enjambement des lieux et des temps. Une structure alvéolaire permettrait de fluidifier le passage des uns aux autres dans la libre circulation sur les étagères. Le dépaysement, la joie de la découverte à hue et à dia, familiarise le contact avec des choix particuliers, personnels ou cumulativement adossés à une tradition familiale ou professionnelle. Ces composantes patrimoniales diverses sont porteuses d'une manière de voir, de sentir et de penser qui tresse le fil du temps. On y réinvente le nôtre et la distance au nôtre, car on tire toujours quelque suggestion d'une promenade vagabonde dans des rayons imprévus.
L'attractivité liée au projet de « lecture pour tous » pourrait ainsi déboucher sur une Cité de la lecture dont les manifestations éphémères pourraient s'enchaîner, car elles peuvent se réaliser avec peu d'acteurs. Des performances et lectures publiques peuvent s'engager selon les collections et les découvertes des uns ou des autres au fil de l'actualité nationale ou locale.
Une urgence patrimoniale
Enfin, à une époque qui croît déserter le livre, et dans un département plus riche de murs que de livres et d'institutions qui lui sont consacrées, malgré et en raison de récents et timides petits campus, accepter de conserver des fonds divers est irremplaçable et c'est une urgence précisément parce que ce qui est considéré comme modeste est négligé, sans faire offense à ce qui est parfois prestigieux. Leur conservation s'impose d'autant plus que la constitution d'hypercentres concentre les emplois et élève le coût de logements peu propres à accueillir des biens qui font trace, alors même que leur abandon est toujours un déchirement.
La présence de locaux vastes et totalement réaménageables pourrait donner idée, au plan national, à une entreprise spécifique de liaison au livre, à celui qui a été choisi et adopté, à celui qui n'est pas le simple naufragé des boîtes à livre. La singularité des collections permet aussi d'aider de jeunes étudiants à situer leur projet en se confrontant à la culture moyenne d'un temps, ce pour quoi, en général, ils n'ont aucune approche crédible, aucun guide.
Cette fonction est complémentaire de ce qu'offrent les très rares lieux des grandes bibliothèques universitaires et municipales. Il correspond à la vocation d'accueil des déserts de la librairie (au sens de Montaigne, le lieu privé où l'on peut lire et travailler, mais ici, par un lieu offert à tous). En Lot-et-Garonne, le livre n'a que rarement fait partie des inventaires après décès du XIXe siècle. Notre entreprise n'a pas la prétention de combler l'inégalité devant la tradition de lecture, mais on peut œuvrer à ce que le livre pour tous, le livre du passé et des passés parfois récents, ne soit pas l'apanage des seuls héritiers vrais privilégiés de la culture qui en ont engrangé l'usage de tout temps.
